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Actualités

Carnet de BorD n°7

Dec .21

Chères amies, chers amis,

Voilà bien longtemps, deux ans et demi déjà, que je ne vous ai pas donné directement de nouvelles. Je n'en suis pas fier et je vous prie de pardonner mes errements.

Au mois de février de l'année dernière j'avais rédigé une longue lettre pour vous, mais le Covid est arrivé à ce moment-là et avec lui le premier confinement. Mon texte m'a semblé alors trop décalé par rapport à ce que nous découvrions tous vis à vis de nos états d'expectative pour s'adapter à ces temps inédits. Depuis, une année et demi est passée, pleine d'incertitudes et de questionnements. Nous vivons tous ces événements et chacun en est affecté d'une manière ou d'une autre dans son quotidien, son travail ou ses projets. Pour ma part, cela a été quelque peu chaotique et perturbant concernant le rythme de création des pages d'AHIMSÂ. Parfois tétanisé, parfois dans le doute, trouvant souvent aussi des forces nouvelles pour motiver mon travail.

 

Aujourd'hui j'ai reformulé mes convictions et plus que jamais je suis revenu à l'essentiel et je poursuis mon ouvrage !... Au prix d'un retard supplémentaire dont vous n'avez pas le choix mais qu'il m'est impossible de comprimer, ou alors à me résoudre « à bâcler » ou à sacrifier l'espérance du résultat dont j'aurai, le jour venu, à témoigner devant vous.


Dit autrement et en me comparant à un véhicule, j'ai (re)fait le contrôle technique de la machine, j'appréhende mieux les obstacles qui pourraient (encore) surgir sur ma route et refait le plein de carburant ! Encore plus simplement, je peux enfin vous écrire cette lettre : AHIMSÂ me demandera sans doute jusqu'à fin 2023 pour finaliser sa création. Ensuite il y aura encore le temps des relectures, des corrections, des finitions, de la maquette et de l'impression. Puis ce sera celui de la distribution pour arriver jusqu'à vous.

Difficile pour le moment d'estimer cette période de bouclage (car il s'agira alors d'un travail d'équipe dont les aspects techniques ne dépendront pas seulement de moi) mais j'ai bon espoir, cette fois, que courant 2024 vous teniez AHIMSÂ l'instant neige entre vos mains !

Pour autant, si j'ai été quelque peu « en suspens» ces derniers mois , j'ai multiplié les petits dessins de presse et je vous en livre quelques pages dans cette news. J'en ai supprimé beaucoup à l'heure de cet envoi car les événements courent vite et beaucoup de ces dessins, qui étaient peut-être pertinents quand je les ai réalisés (pendant ou entre deux confinements), se sont vite avérés obsolètes au regard (covidemment!) des rebondissements que nous livre cette pandémie.

Je vous confie cela car cela m'a fait beaucoup plus prendre conscience de la différence entre les dessins qui collent avec l'actualité du moment (mais sont très vite dépassés) et l'écriture d'un livre ayant l'ambition de s'inscrire dans l'intemporel, dans la durée ! Trouver la justesse d'un récit oscille constamment entre ces deux pôles, l'immédiat et le long terme, les émotions et la réflexion, les opinions et la construction d'une pensée, l'essai et la fiction (au sens du transfert de vécus bien réels sur des figures imaginées), de l'objectivité et de la subjectivité personnelle ou collective. C'est l'essence de mon travail sur la non-violence : ne pas livrer un but, à coup de démonstrations ou d'injonctions, mais de cheminer en compagnie de personnages sur les routes qui peuvent y mener. Les sources d'informations, de méditations, d'interactivités et de stimulations ne manquent pas pour s'imprégner de toutes ces richesses et prétendre à les incarner avec inspiration !

Ainsi, en mars dernier est paru aux éditions Calmann-Lévy le livre « POUVOIR DE LA NON-VIOLENCE. Pourquoi la résistance civile est efficace ? », traduction en français de l' étude de deux chercheuses américaines Erica CHENOWETH et Maria J.STEPHAN ayant comparé 323 exemples de résistances violentes et non-violentes sur une période allant de 1900 et 2006. Leur thèse fait apparaître un constat selon lequel les combats non-violents ont remporté deux fois plus de succès que les combats violents. Je cite cette référence car elle met le doigt sur la prétendue inefficacité des formes de résistance non-violentes. Lorsque Etienne et moi avons débuté l'aventure AHIMSÂ, nous étions convaincus aussi bien de son évidence que des préjugés à son égard. Notre but était de mettre en scène ce qui pour nous était une évidence, une vérité ignorée, dont nous soulignerions la force et la saisissante pérennité ! Pourquoi était-elle sous-estimée, à ce point méconnue et combattue ? Parfois « violemment » ! Et c'est forts de cette conviction que nous nous sommes portés, au cours de nos deux premières années de recherches (rencontres, voyages, lectures), à la découverte de parcours de vie qui alimenteraient un récit de fiction en faisant l'état des lieux et confortant notre état d'esprit. Mais celui-ci fut très vite bousculé !...

Ainsi, chemin faisant, j'ai rapidement été ébranlé par des récits qui nous racontaient une autre histoire. Certes il y avait des témoignages relatant des retours d'expériences et des vécus qui allaient dans notre sens, mais il y avait aussi des approches bien différentes. Ainsi, ce militant ayant vécu la lutte du Larzac, qui assumait la non-violence dans le cadre de ce combat de dix ans contre l'extension d'un terrain militaire, mais qui exprimait également très clairement que, dans d'autres situations de confrontation, il n'hésiterait pas à prendre les armes, soulevant la question du contexte, des moyens et de l'intelligence collective à un moment donné mais qui ne sont pas nécessairement évalués, réunis et mis en œuvre dans d'autres cadres de luttes. Pour lui, la valeur de la non-violence serait relative et un moyen parmi d'autre selon les circonstances et non pas un principe absolu ! En Cisjordanie, des activistes palestiniens faisaient le même constat suite aux deux intifadas qu'ils avaient éprouvés, mais avec une résolution à l'opposé : la non-violence était désormais l'option la plus efficace parce qu'ils n'auraient jamais les moyens armés de leurs adversaires !

Ainsi ce prêtre auquel je demandais son point de vue sur la phrase des évangiles attribuée à Jésus : « Si on te frappe la joue droite, tend la joue gauche. » Pour moi, elle correspondait à l'un des fondements de mon évolution vers la non-violence. Pour toute réponse, il resta ahuri sans rien à en dire ! Un prélat, prosélyte par ailleurs, n'avait rien à m'en dire ! Comme si c'était hors de (son) propos !... Les paroles saintes seraient une chose et leur application en seraient une autre ? Ainsi cette manifestation, dans les rues de Paris, d'activistes « radicaux de droite » (voire plus encore) ! Ils étaient pacifiques, regroupés à genoux face aux forces de l'ordre et chantaient. Faisant exactement les mêmes choses, posant les mêmes actes, et dans les mêmes attitudes, que nous, militants non- violents, un mois auparavant face aux gardes mobiles dans le cadre d'une action « progressiste » ! Ainsi de cette rencontre avec un jeune homme en route vers Lourdes pour participer aux rencontres des jeunesses chrétiennes, qui me dit, en retour de l'un de mes propos enthousiastes sur la non-violence active, qu'« avec de telles paroles, j'armais la personne qui m'assassinerait un jour » ! Amicalement et avec bienveillance (c'était sa tonalité), il me retournait la responsabilité de la violence que je ne manquerais pas, moi-même, de provoquer en poursuivant dans cette voie. De quoi perturber en profondeur son pacifiste de service !


Ainsi pouvons-nous utiliser les mêmes outils non-violents mais pour porter des messages radicalement différents, voire opposés. Je découvrais que la non-violence n'était pas seulement la philosophie et l'outil des « mes » idées écologistes, antimilitaristes ou humanistes (la question « La non violence est-elle de gauche ou de droite ? me semblant dès lors réduire le sujet) mais une force « juste » à découvrir ! Avec seulement la certitude qu'elle porte un salut plus fort que toute forme de violence !

AHIMSÂ va me demander encore du temps et donc à vous aussi! En attendant, je peux tout de même vous annoncer la parution en avril prochain, aux Editions GRAND ANGLE, d'un album BD sur lequel j'ai travaillé tout au long des trois (derniers) confinements. Pour ce livre j'ai été co-scénariste, co-storyboardiste et co-dialoguiste avec mon ami Jérôme Félix (auteur de l'histoire du très beau western « JUSQU'AU DERNIER» chez le même éditeur) et avec au dessin le talentueux Alain Janolle.

Cette BD s'intitule « CES PETITS RIENS QUI CHANGENT TOUT ! » et, même si elle ne traite pas directement de non-violence, elle témoigne somme toute que vivre ensemble est plus riche et prometteur que de vivre chacun pour soi. L'illustration ci-jointe n'est pas la couverture définitive (il n'y a pas encore unanimité sur les différentes propositions) mais elle témoigne que jusqu'au bout auteurs et éditeurs échangent, travaillent et négocient pour aboutir au meilleur résultat possible.

Je clos cette lettre pour aujourd'hui en paraphrasant un poème de mon ami Christian « Nous sommes les voyageurs qui marchons vers nous ». Mes pensées vers chacun d'entre vous, et vous disant à bientôt!


Dominique

 

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