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Actualités

Carnet de BorD n°6

Mars .19

Chères contributrices et chers contributeurs,

Voilà un an, une grosse année déjà, que je ne vous ai pas donné de nouvelles collectives. J'ai pu être en contact direct avec quelques uns mais cela ne pardonne pas le fait qu'il m'ait fallut autant de temps pour revenir vers vous. Cela a été long pour tous, vous vous posez beaucoup de questions et je vais tenter de répondre à un certain nombre d'entre-elles.

Tout d'abord je vous prie de bien vouloir accepter mes excuses pour ce retard en espérant que mes explications et dessins vous convaincrons que je ne lâche toujours rien, qu'Ahimsâ n'a pas cessé jour après jour d'être au coeur de mon travail et que même si le chemin est long, je l'arpente avec détermination en ayant le soucis constant de mes responsabilités envers vous et aussi grande reconnaissance de vos soutiens.

Je ne vous cacherai pas que l'année 2018 a été un peu compliquée mais je crois qu'elle n'a pas été simple pour beaucoup de monde aussi je ne m'attarderai pas sur mes soucis personnels. J'aborde les problèmes les uns après les autres en mettant tout en oeuvre pour leurs donner des solutions. Dire seulement qu'après des mois de galères avec mon ordinateur, Lionel, le président de l'association Les Dessin'Acteurs, m'a offert la semaine dernière l'une de ses journées pour m'aider à y comprendre quelque chose entre Goolook et Outgle, à faire le tri entre ce qui fait réellement gagner du temps et ce qui en fait perdre, à retrouver un dossier en quelques clics et surtout terminé de me convaincre que mes vieux outils d'artisan avaient encore quelques avantages sur la bête informatique. Je l'en remercie vivement ici !

En d'autre terme, bienvenue à bord et bonne lecture.

Dominique

Maîtriser un livre

Chaque auteur est différent et gère ses créations selon l'inspiration et les objectifs qu'il s'est donné. Je me livre avec passion à mes ouvrages mais, effectivement, décider du moment où ils sont achevés et quand il faudra lâcher son bébé dans la nature comprend une part d'incertitude.

Ce dont je suis convaincu, c'est que, quel que soient les moyens le temps qu'un livre met à s'accomplir, et quels que soient les intervenants au cours de sa réalisation (éditeurs, collaborateurs, coloristes, correcteurs, documentalistes, imprimeur, diffuseur, libraires,...), seul l'auteur sera tenu responsable de son échec comme de sa pertinence ou de son succès. Une fois l'ouvrage paru, il sera seul à porter le regard de toutes les opinions.

Ma responsabilité et les attentes concernant Ahimsâ sont devenues très fortes et j'en ai pleine conscience. L'histoire et surtout les thèmes qui l'investissent, ont pris des proportions que je ne soupçonnais pas en vous invitant à me soutenir. Parler des violences et de la non-violence est un champs d'investigations dont chacun peut prendre le pouls au fil de ses constats personnels ou des informations quotidiennes que les médias nous retransmettent.

Oui, pendant une longue période de l'écriture d'Ahimsâ, j'ai fait beaucoup de rencontres, lu beaucoup de livres et regardé beaucoup de reportages, tous plus alarmants ou tragiques les uns que les autres, mais aussi souvent encourageants, sur l'état de notre monde, sur le recensement des violences comme des espoirs que peut susciter la non-violence. Touché et investi par toute l'immensité des régressions et des évolutions, je suis passé par l'étape de vouloir parvenir à embrasser toute « l'humaine condition » dans mon scénario. Le nombre de pages augmentait d'autant, chaque situation me semblant essentielle, importante et devant être abordée dans mon récit. La Syrie, les demandeurs d'asile mettant leurs vies en périls en traversant la Méditerranée, la guerre froide qui se réanime, les tensions périlleuses entre l'Inde et le Pakistan ?! Aujourd'hui j'apprends qu'il y a une fuite de radioactivité à la centrale nucléaire du Triscatin, que 8000 hectares de soja OGM ont été semé « par erreurs » ! Que les espèces animales et végétales mutent anormalement vite au grès du réchauffement climatique, que... que... que... Que nous sommes fous pour nous-mêmes et donc pour les autres. Je vous épargne la liste infinie dont nous n'arrivons plus à faire le bilan.

Nos sociétés sont compliquées, vont de plus en plus vite. Personne, pas même le plus haut placé, ne peut prétendre aujourd'hui appréhender tous les problèmes que nous, hommes et femmes, subissons et/ou provoquons, et, au regard des générations à venir, comment solutionner désormais en urgence ? Chaque jour nous dis, nous incante, nous perd !... Tant d'événements qui me bouleversent profondément et que je devais retranscrire dans les faits et gestes de mes personnages ! Essayer d'entendre, de comprendre, de retraduire, d'apporter des éclairages nouveaux, voire d'offrir des réponses non-violentes. Je m'y suis perdu un temps et sans doute une part du retard que j'ai pris vient de mon acharnement à vouloir embrasser en un seul récit toutes les souffrances et toutes les alternatives se présentant à notre humanité.

Il y a les auteurs qui toute leur vie traitent d'un seul sujet, qu'ils cherchent à affiner de livre en livre. A l'opposé, il y a les auteurs qui oeuvrent désespérément à réunir tous les sujets en un seul ouvrage. Les uns comme les autres savent que la vie est un mouvement incessant qui à chaque seconde développe des milliards de combinaisons insaisissable à la l'échelle de notre compréhension. Aucun livre ne peut prétendre saisir toutes les métastases d'énergies en expansion perpétuelle en nous et autour de nous.

De ce point de vu, prétendre à l'objectivité est un aberration; c'est pour cette raison que je choisis la fiction plutôt que les essais. J'ai peut-être enfin compris, accepté, qu'un livre ne peut être qu'un « arrêt sur image » à un moment T, un instant ou une petite pause sur le chemin de tous, que d'autres poursuivront ensuite et par ailleurs. Qu'un livre raconte des moments de vies mais n'est pas la vie, seulement l'une de ses photographies. C'est sans doute ce qu'à voulu me dire Philippe dans l'extrait de son courrier à la rubrique ci-après : la perfection n'est pas de ce monde et, un moment, il faut accepter de ne faire les choses qu'à sa mesure !

Tout cela pour dire que depuis un peu plus d'un an, et c'est une bonne nouvelle pour vous, j'ai enfin arrêté « ma photographie ! » après une longue expansion (non contrôlée?) de mon scénario. J'ai décidé de ne plus regarder certains reportages, de ne plus écouter certaines émissions, de ne plus scruter toutes les opinions, de ne plus explorer l'immense pile de tous les livres qui s'invitaient à moi et qui me donnaient autant de nouveaux sujets à aborder dans Ahimsâ, à n'en plus finir, même si je ne peux mettre hors de moi tout ce qui m'interpelle au quotidien , bien au contraire : je ne sais pas être uniquement un « spectateur- consommateur » des informations concernant notre monde ! Il m'est insupportable de n'être pas « acteur », assis à ma table à dessin, quand dehors le « vrai monde » nécessite l'attention et la mobilisation de chacun. Toute chose est en corrélation dans notre univers global et rien n'est étranger à nos responsabilités dans chacune de ses conséquences à tous les niveaux de nos vies.

Ma conception d'auteur est que je ne peux être seulement un « commentateur » mais quelqu'un qui doit s'efforcer d'être légitime en essayant chaque jour de mettre en accord ses actes avec ses paroles - autant que faire se peut et quitte à devoir faire aveux d'impuissance - dès lors qu'il prétend accéder à un parole publique.

Formulé autrement, j'ai fais le constat que faire « un arrêt sur image » est sans doute plus aisé quand on fait le choix d' une paix « bourgeoise » , comme par exemple celle qu'a choisi Emile Littré (voir mon conseil de lecture en fin de ce carnet de Bord) en préférant la répression versaillaise à la Commune pour pouvoir achever sereinement son dictionnaire (remarquable par ailleurs et l'une de mes références de travail). Je ne commenterai pas ici ses partis pris , mais cette option de vie ne pourra jamais être la mienne, ce dont j'aurai peut-être dû vous prévenir quand je vous ai proposé mes routes de traverses.

Un livre peut être conçu à la sauce libérale pour être un « produit », formaté pour répondre aux attentes « des consommateurs », bien dans les clous pour que « le service après-vente » ait déjà en amont toutes les réponses aux réactions éventuelles des « clients ».

Telle n'est pas l'aventure d'Ahimsâ à laquelle je vous ai convié. Mon tort, et je vous prie de m'en excuser, est d'avoir réalisé tout cela, et bien d'autres choses, chemin faisant et en vous prenant à témoin. L'option à laquelle je me suis résolu aujourd'hui, et « couac » qu'il m'en coûte, est donc de mettre, un temps, en retrait ma vie sociale et collective, le temps qu'il faudra pour terminer Ahimsâ, en toute priorité !

Alors, suis-je en train de vous dire que je suis devenu raisonnable ? Je ne peux vous le garantir absolument mais j'ai une histoire à vous rendre et j'ai enfin accepté que celle-ci soit ce qu'elle sera en l'état, là où j'en étais, qu'elle serait ce qu'elle devait être à un moment de notre histoire , sans prétention à être universelle et intemporelle ou de parvenir à satisfaire toutes mes attentes ou les vôtres, avec ma sensibilité, accompagnée de votre indulgence et bienveillance.

Au lancement du projet, je vous avais livré la définition de ce qu'était «l' instant neige » telle que je l'avais imaginé : un « instant » inattendu qui saisit tout le monde par surprise et de fait nous « projette » tous au même moment dans une situation inédite et surprenante, ouvrant ainsi un espace-temps où de nouvelles perspectives peuvent devenir possibles au-delà des intérêts particuliers et qui ressembleront, ni bien ni mal, bouleversantes parfois, à ce que chacun de nous en fera, ou pas.

L'histoire du livre , et « dans le livre », procède de « l'instant neige », d'événements qui me surprennent et vous surprennent, qui comme pour les personnages de l'histoire nous place chacun selon des angles inédits, nous invitant à reconsidérer nos points de vus et nos appartenances. Une voie pour ouvrir les possibilités de la non-violence?! C 'est ce que j'essaye de faire. Et j'ai le sentiment que nous sommes bien servis tout au long de ce projet, même si je ne sais s'il s'agit de ce que je peux vous offrir de pire ou de meilleur ?!

Suis-je responsable : assurément, dans tous les sens du terme ! Un scénariste distille ses informations, ses effets, ses rebondissement, au fil des chapitres et cela jusqu'au « Happy end ». Ahimsâ est une aventure à la fois en temps réel et sur le papier. Sans doute je ne pourrai pas vous épargner quelques nouvelles surprises (« Après tout, 1 livre ne fait-il pas cinq cent grammes ?! »), de nouveaux sursauts, des « Instants neige » improbables. En retour, et c'est « de bonne paix », je peux moi-même être surpris par ce que je provoque, par ce que je suscite en vous. Mais, sans surprises, sans poésie, sans humour, tout ceci aurait-il un sens ?...

Courriers

Suite au courrier postal individuel que je vous ai envoyé il y a un an, j'ai eu une soixantaine de retour à l'envoyeur pour cause probable de changement d'adresse (si vous avez reçu le courrier mail mais pas postal et que vous avez changé d'adresse, merci à vous de nous les communiquer). Par ailleurs nous avons quelques contributeurs dont nous n'avons toujours que les pseudonymes mais ni adresse postale, mails ou numéro de téléphone pour les contacter. Si vous avez connaissance de personnes en attente, n'hésitez pas à nous les signaler afin que nous puissions réactualiser notre fichier.

Un certain nombres de rencontres personnelles ainsi qu'une bonne quarantaine de lettres manuscrites m'ont fait part de vos réactions, pour la grande majorité très amicales, compréhensives et encourageantes. J'y ai été très sensible et je vous remercie vivement pour vos soutiens multiples et pour l'étendue de votre patience.

Concernant les mécontentements, je n'ai reçu directement qu'une seule lettre s'avérant très critique (à laquelle je peux relier quelques « signaux » indirects traduisant l'impatience ou l'agacement d'autres contributeurs ) : je retranscris ci-après certains passages de cette lettre, ainsi que quelques extraits d' autres courriers lorsqu'ils abordent des points précis qui m'invitent à vous partager des réponses globales.

D'une manière générale, les changements, délais et reports « que je vous impose» suscitent de nombreuses interrogations légitimes et je vais tenter d'y répondre le plus simplement possible. Sans doute y aurait-il eu plus de réactions de votre part s'il vous avait été proposé des échanges via Internet. Mais voilà,  je ne suis pas très doué avec les ordinateurs, je n'appartiens à aucun réseau social et je n'ai pas de téléphone portable. Je n'ai aucune aisance à naviguer sur le web et, pour moi, retranscrire et commenter mon travail par écrit devient vite laborieux, frustrant et chronophage.

Vous l'aurez compris, mon mode d'expression est l'image plutôt que l'écrit, et encore moins via internet. Le moment venu, j'espère que nous pourrons vous proposer, lorsque cela sera possible à organiser, des rencontres débats-dédicaces en petites assemblées locales pour revenir ensemble sur l'histoire de la création d'Ahimsâ et surtout pour vous remettre enfin en main propre votre exemplaire du livre.

Bruno, de Bordeaux, m'écrit :

«  (…) Je ne doute pas de votre honnêteté, de votre sincérité, de votre engagement et de votre enthousiasme pour ce projet. Je veux simplement vous témoigner de mon sentiment à la lecture de votre texte : la colère ! J'ai souscrit à votre demande de financement participatif en toute confiance, sans vous connaître, sans faire de recherche sur votre association, tout simplement parce qu 'une connaissance m'a adressé le lien. Je suis devenu contributeur parce que le projet m'intéresse et que les conditions me convenaient. Le fait de participer financièrement me faisait accepter le contrat proposé. Oui, bien sûr, l'histoire est jalonnée de commandes à des artistes qui n'y ont parfois jamais répondu ou souvent tardivement au détriment ou pas de leurs producteurs ou commanditaires qui connaissent les risques encourus. Aujourd'hui, vous imposez aux 698 contributeurs dont je fais parti une décision tout à fait arbitraire, liée bien sûr à toute création, mais sans nous demander si nous sommes d'accord pour vous suivre. Le contrat de départ n'est plus respecté et vous prenez de nouveaux engagements qui dépassent largement les conditions annoncées. La BD devait être achevée fin 2017. Cela fera bientôt 3 ans que vous avez récupéré les sommes attendues et vous envisagez un nouveau délai probable de 2 ans pour la livraison du 1er tome en 2020 ?!?!... Et pour le 2nd? Quelle échéance proposez-vous ? Il était prévu un livre de 240 pages. La création vous entraîne vers un chiffre de 500 pages ?!?!... Ai-je envie de recevoir un bouquin de 500 pages ? Non ! Ai-je envie de patienter jusqu'en 2020 pour une première étape ? Non ! Je me sens devoir subir les aléas d'une création, certes que je peux comprendre, mais qu'il aurait fallu annoncer au moment de votre souscription. Je trouve que tout cela est traité avec beaucoup de légèreté sans prendre en compte nos avis à nous, vos associés ! Pour moi, à ce jour, le contrat n'est pas respecté et le fait de m'imposer de nouvelles conditions me contrarie profondément. De plus, cela décrédibilise tout financement participatif dès l'instant où il est alors possible que les engagements annoncés ne soient pas tenus. Au vu de tous ces éléments et afin d'être cohérent avec ce que je ressens, je vous demande donc le remboursement de ma contribution de 40 euros, me retirant de ce nouveau projet.
Croyez bien que je suis profondément désolé d'en arriver là ! (…)

Puis, dans un second courrier :

«  (…) L'aboutissement de votre création pour 2020 s'inscrit donc dans un futur trop éloigné que je ne peux envisager et dont je suis obligé de me désolidariser. (…) Bien cordialement à vous Dominique avec tous mes vœux de réussite. »

Ces extraits de la lettre de Bruno sont un peu longs, mais je me devais , avec son autorisation, de vous en retranscrire la majeure partie. J'ai téléphoné à Bruno et notre échange fut très cordial. Reste que son constat rejoint mon propre inconfort et malaise concernant la situation que j'ai créée. Si j'assume les incertitudes inhérentes à tout travail de création et le temps que je vous prends, j'ai certainement, au moment du financement participatif, sous-estimé l'aventure que cela représentait et depuis manqué certaines étapes de communication avec vous. La lettre de Bruno me donne l'occasion de réagir et de vous faire entrer plus intimement dans les coulisses de mon travail.

Par le passé il m'est déjà arrivé d'être en retard sur des livres et de faire perdre quelques cheveux à mes éditeurs successifs (Sous le pseudonyme de Lidwine, la création du DERNIER LOUP D'OZ (Ed Delcourt) s'est étalonnée sur sept ans et demi, sur trois ans et demi pour  L'AMI JAVIN - tome 5 de La quête de l'oiseau du temps (Ed Dargaud), ou encore un peu plus de deux ans pour FAUCHEURS VOLONTAIRES D'OGM (Ed Les Dessin'Acteurs) !

Mais je suis allé au bout de ces livres et ils existent. A une seule occasion je n'ai pas pu terminer un livre mais j'ai cependant honoré ( avec quelques délais) la close du contrat stipulant que l'auteur doit rembourser à l'éditeur la totalité des avances financières faites au cas ou l'ouvrage n'arriverait jamais à son terme. De même nous n'avons pas fait impasse à la demande de remboursement de Bruno qui a été réalisé. Maintenant, c'était la seule demande en ce sens et si nombre d'entre-vous décidait de mettre un terme à notre collaboration, moi, tout comme l'association, ne serions actuellement pas en mesure de vous reverser votre participation, cela mettrait en péril la suite des choses. Pour autant, si ni moi ni l'Association les Dessin'Acteurse ne disposons de solution de remboursement « massif » dans l'immédiat, il ne sera jamais question que je me dérobe à mes engagements s'il advenait que je ne parvienne pas à terminer Ahimsâ. Chaque chose viendra en son temps : soit la parution d'Ahimsâ, soit une solution de dédommagement, c'est mon engagement auprès de vous.

Quelques personnes m'ont demandé comment je m'en sortais financièrement avec ce temps et ce travail démultiplié, me suggérant de faire un nouveau financement participatif: je m'y suis refusé et pour pouvoir poursuivre mon travail sur Ahimsâ, j'ai procédé à un emprunt personnel et mis en vente certains de mes anciens dessins originaux. Je ne l'aurai pas fait si je n'étais pas convaincu de mon travail et il n'est pas question pour moi d'abandonner tout celui déjà accompli. Je vis sobrement et dispose seulement de moyens simples pour poursuivre Ahimsâ, tout en refusant tout autre travail (je fais allusion à ceux rémunérateurs) afin de m'y consacrer à temps plein.

Enfant, je me souviens avoir été très impressionné par une image sublimée dans un livre d'histoire scolaire tel qu'ils existaient encore à l'époque : Savant français, potier, émailleur et écrivain, Bernard PALISSY, brûlait ses meubles et même le plancher de sa maison afin d'aller jusqu'au bout de la cuisson parfaite de son invention, la céramique. Il passa même des mois entiers à surveiller sans cesse ses fours afin d'obtenir les finitions qu'il voulait obtenir. Sans doute suis-je aussi têtu que lui et convaincu par les investigations et l'histoire que je vous ai promis.

Du coeur à l'ouvrage, je crois que j'en mets, au moins autant que du temps, de l'énergie et tous mes moyens. De la conviction et de la passion aussi. Cela sera-t-il suffisant et donnera-t-il une bonne histoire? Je n'en sait rien. Comme j'en faisais mention dans le carnet de BorD précédent, j'ai réalisé tardivement qu'habituellement vous découvrez les livres, les films ou les CD seulement une fois qu'ils sont terminés. Vos choix se font habituellement à ce moment là, dans la diversité de ce qui vous est proposé et sans avoir eu à les attendre. Pour ce projet, je vous ai embarqué dans une aventure en amont de la parution, invité à partager toutes les phases d'une création, avec ses développements « instant neige » et vous m'avez fait confiance. Vous comme moi n'en avons-nous peut-être pas mesuré toutes les implications... qui sont autant de surprises bonnes ou moins agréables. Je n'ignore pas le risque que plus le temps passe plus chacun développe sa propre vision du livre et les espoirs qu'il en attend. Chacun imagine et rêve SON Ahimsâ en espérant que le résultat sera à la hauteur ! Je ne peux pas prétendre qu'Ahimsâ répondra à l'envolée de toutes vos attentes et imaginations individuelles, mais par contre je compte sur vous pour me signaler le jour où il me faudra inscrire sur ma carte de visite (bien que je n'en ai jamais eu) quel genre d'apprenti démiurge (platonicien?) j'aurais été !

Courriers suite

Je trouvais important de vous retransmettre en priorité le message de Bruno et d'y répondre. Je veux partager également avec vous les « quelques extraits » suivants des lettres magnifiques reçues des uns et des autres, certaines personnes que je connais, d'autres auxquelles j'ai téléphoné ou répondu personnellement par voie postale, la plupart avec lesquelles je n'ai pas encore eu ce plaisir. Ces lettres, vos lettres manuscrites, me touchent, me bouleversent, m'accompagnent, me soutiennent à chaque instant. Pardon, pardon, de ne pouvoir vous répondre à chacun individuellement et vous dire combien l'amitié que vous m'apportez m'aide à aller au bout de notre aventure et comment elle nourrit l'histoire en cours. Viendra le moment où nous nous rencontrerons, où nous poserons ensemble le, les, livres Ahimsâ comme les premières pierres d'un édifice de partage, et où nous poursuivrons nos espérances et de nos combats.

BRIGITTE : « Est-ce que votre partenaire de création, maintenant retiré de l'aventure, s'exprimera lui-aussi ? Ce serait bien. Ma demande souhaite éviter toute intrusion dans une histoire qui ne me regarde pas et qui doit être douloureuse. Mais comme vous traitez de la résolution des conflits et que là, le conflit entre vous était personnel... ? Reste-t-il des points obscurs, des problèmes de pouvoir ? »

Note : Je ne ressens pas (mais ça n'engage que moi ) qu'il se soit agi d'une question de pouvoir entre Etienne et moi. Sans doute l'ampleur de ce projet n'a pas aidé, mais je crois surtout que nos visions d'Ahimsâ ont divergé avec le temps qui passait et que sur un aussi long parcours nos chemins de vie respectifs ont pris des orientations différentes. Quant au choix que ce soit moi qui poursuive l'histoire, cela tient au fait qu'il s'agit d'une BD et que par conséquent le dessinateur est par définition le maître d'oeuvre de la mise en scène finale et de sa définition graphique. Bien sûr cela se fait en concertation entre deux collaborateurs mais le graphiste influence nécessairement l'histoire en fonction de sa sensibilité et ses capacités artistiques.

Lorsque j'ai proposé à Etienne de participer à ce projet, j'avais dans mon bagage 35 ans de pratiques et de collaborations à une centaine de livres et de journaux personnels ou collectifs là où il s'agissait d'une première pour Etienne dans un univers que j'étais heureux de lui faire découvrir. J'apportais mon expérience d'auteur au projet et Etienne celle d'activiste, plus étendue que la mienne, de la non-violence active. Je lui suis reconnaissant d'avoir été de ceux qui m'ont fait sortir de mon atelier pour aller physiquement découvrir « le terrain » , l'action engagée, avec des vrais gens et pas seulement des personnages imaginés.

CHRISTINE ET JEAN-MARC : « Ah, bien sûr, deux ans de retard,mais... deux tomes en fin de compte ! On ne va pas te faire violence... et c'est super de continuer l'aventure, nous n'en serons que plus contents à la sortie de l'ouvrage ! »

B : « Merci pour les nouvelles que tu partages avec tous ceux qui te soutiennent. On voit que ton enthousiasme est toujours là. Bravo pour l'action Roundup. La seule question que je me pose, c'est comment tu peux y arriver financièrement vu que le projet courait seulement jusqu'en 2017 ? courage à toi, à ta famille et à l'équipe ! »

CHRISTIANE ET RICHARD : « Nous venons de recevoir le carnet de bord N°5 . On attendra la sortie du premier album. De notre côté, nous continuons à participer à la veille militante, vieillissante et pour le moment de plus en plus réduite (Les roms, les sans-papiers et surtout les kurdes syriens – pas très non-violents, quand on est bombardé par l'aviation, les chars et les mitrailleuses turques, c'est pas facile de lever les bras en l'air et de crier « Peace and Love camarades » aux assaillants !) »

CLAUDE : « Quoi qu'il advienne, votre projet est utile et généreux et je ne regretterai jamais de l'avoir soutenu. Je lui souhaite cependant le bel aboutissement que vous envisagez. Amitiés. »

PHILIPPE : « Je réponds tardivement à votre carnet de bord N°5. Mon point de vue est le suivant : vous voulez trop bien faire, mais en ce monde il n'y à rien de parfait, et vous visez trop gros ! Qui achètera, en dehors de quelques bibliothèques 2 pavés de 250 pages ! A vous de voir, vous êtes le maître à bord, bon courage et bien cordialement. »

Note : Le roman graphique , mondialement connu, « MAUS », de Art SPIEGELMAN, prix Pulitzer 1992, fait 400 pages (...Et je crois qu'il l'a réalisé sur une période de 18 ans). « QUARTIER LOINTAIN » de TANIGUCHI est en 2 tomes de 200 pages chacun. Les romans graphique de 250 et plus de pages sont de plus en plus courants, à des prix équivalents à ceux des romans classiques en première édition. Le nombre de pages d'un livre n'en fait pas nécessairement son prix : celui-ci peut être très modulable en fonction de son éditeur, de son tirage, de sa qualité de papier, s'il est en couleur ou en noir et blanc, s'il est sous couverture souple ou cartonnée, etc. Les bibliothèques permettent justement que tout ouvrage soit accessible à tous. Et puis que serait un dictionnaire réduit aux seules définitions d'une lettre sur deux ? (Voir la dernière rubrique de ce carnet de BorD : je suggère la lecture d'un petit livre abordable de 100 pages.... qui raconte l'histoire d'un pavé de 1372 pages!)

FRANCOISE : « Embarqués que nous sommes dans cette aventure créative (et collective), nous ne pouvons que lâcher toute exigence, impatience, ou autre lien restrictif. Nous avons choisi la CONFIANCE, et même si le désir de voir, de lire, de partager cet objet est bien toujours là, le projet est en nous au chaud, quelque part avec de l'amitié. Pour avoir écrit un livre, je sais les aléas imprévisibles mais incontournables, et l'exigence avec lesquels l'écriture nous tient. Mon petit message est juste destiné à mettre ma petite part d'énergie dans le panier créatif qui, ajoutée aux autres, pourrait participer à nourrir, éclairer, aérer... »

FAUSTINE : « Bon courage pour ton projet. Et bravo pour ta motivation et persévérance. »

ANNIE : « Un grand merci pour l'envoi de votre carnet de bord qui nous fait sentir pleinement membres d'une même famille, avec chacun ses occupations, ses soucis et ses satisfactions. Etre frères et sœurs c'est savoir écouter, comprendre, aider, soutenir, encourager quand un autre membre de la fraternité connaît par exemple, une grossesse difficile, un accouchement plus long que prévu... Aussi je veux ici vous témoigner ma confiance totale, vous adresser mes encouragements et vous remercier de mettre tant de cœur à l'ouvrage ! Je ne doute pas que le bébé sera magnifique et éclairant pour tous ceux qui l'approcheront. Bonne chance ! Bien fraternellement. »

BRUNO :  « Au vu de la violence qui se propage à si grande vitesse actuellement, je suis sûr que votre livre aura un bel écho auprès de tous ceux et celles qui la refusent. »

CHRISTINE ET PAULO : « Nous sommes de tout cœur avec toi. Tu tiens la barre du grand voilier « Ahilsmâ » et la traversée des océans sera longue et parfois peut-être mouvementée mais nous sommes certains que tu mèneras ce beau bateau à bon port. Les vents porteurs t'aideront à mener à terme ce grand et beau projet. De notre lointaine contré nous soufflons sur les voiles d'Ahimsâ. »

CEDRIC : « Un proverbe dit : « Rien n'est tard, si la vie se prolonge ». Alors merci pour votre engagement. Nous sommes en vie, vivant, et le temps n'existe pas vraiment quand il est au présent. »

BAPTISTE : « Je t'écris pour te donner tous mes encouragements dans ce projet. Je comprends tout à fait (et je suis ravi) que tu aies eu du mal à limiter ce livre à 200 pages et qu'il faut évidemment plus de temps que prévu pour en faire 500. Je ne comprends pas, en revanche, la décision d'abandon d'Etienne, mais je n'ai aucune info pour ça, je ne peux que l'accepter simplement. »

Note : Etienne et moi nous sommes revus, à son initiative, en septembre dernier. Avec son accord, vous pouvez lui écrire si vous le désirez à l'adresse postale de Cathy Picard, Croissant Loctudy 29340 Riec sur Belon qui fera suivre. Il m'a demandé de préciser qu'il se réserve de répondre ou pas.

ELISA : « Bonjour à vous ! Pas de soucis, « Ahimsâ » vit l'instant neige en ce moment même, il se présentera à nous quand il le pourra et voudra. Pas de pression avec les dates, le temps, seul le présent compte et conte. Merci d'être. »

JEAN-CLAUDE : « Gandhi a passé toute sa vie contre la violence, alors deux ans de plus pour l'arrivée du premier tome, ce n'est pas grand chose surtout si le résultat espéré est là. Donc patience, courage et ténacité ! »

NAJET : «  A VIGILANCE 34, nous avons bien reçu ta lettre, merci. Elle est pleine d'émotion. Ca nous change des accusés de réception dont nous avons l'habitude dans la boite. Un accusé de réception, c'est froid et ça n'augure rien de bon.Alors que ta lettre nous annonce que rien ne s'arrête pour Ahimsâ. Et si tu dépasses 2020 tu battras le record TATI qui mettait 5 ans pour ses films.. »

Note : Pour prendre une référence cinématographique, un film peut être scrupuleusement tourné selon le script établi en amont mais en cours de tournage des acteurs ou des scènes peuvent s'improviser et prendre des dimensions nouvelles. Le metteur en scène se retrouve alors avec des dizaines d'heures de rushs, parmi lesquelles il va devoir faire des choix afin de les réduire à un format « raisonnable ». Ses choix de coupe et de montage donneront le ton, le rythme et la longueur finale du film. L'identité de l'histoire, ratée ou réussie, ne se lira qu'à ce moment là. Certifier à l'avance le volume et l'ampleur d'une création est périlleux car cela peut sans cesse être remis en doute et en question.

Ma démarche pour Ahimsâ est « heuristique », ce qui est inhabituel en BD (je fais le malin avec ce mot que je connais seulement depuis quelques semaines. Je vous laisse le plaisir de découvrir par vous-mêmes sa définition dans un dictionnaire !). C'est souvent un arrache-coeur de devoir sacrifier des idées, voire des séquences entières, dans le but et l'espoir subjectif de parvenir à un récit plus concis, plus fluide, homogène et clair. Je crois pouvoir vous dire qu'Ahimsâ a trouvé son point d'équilibre (car j'exige désormais de certains de mes personnages qu'ils ne se livrent plus à certaines improvisations, excellentes par ailleurs, mais qui m'entraîneraient vers de nouvelles tentations!).

AGNES : «  Merci pour ce courrier postal que je préfère au courrier Internet, oh combien ! Prends ton temps, qu'Ahimsâ soit conçu dans la sérénité d'un « instant neige ». A Nath-Hague, nous sommes attentifs aux efforts que tu fais maintenant seul mais heureusement avec Les Dessin'Acteurs. Au fond de notre Hague, nous avons cette année encore organisé un jeûne du 6 au 9 août.Nous avons maintenant une brochure sur la recherche de sens pour essayer de ramener le Satyagraha (la force du vrai) de Gandhi dans nos pratiques non-violentes.Nous nous donnerons encore des nouvelles d'ici la sortie d'Ahimsâ, ne serait-ce que lors de ces jeûnes. De tout cœur, « regaillardis» par tes belles initiatives ! »

LISE ET PIERRE : « Ahimsâ est la seconde contribution à laquelle nous participons et c'est une grande satisfaction d'avoir fait ce choix. Les multiples rebondissements qui transforment votre projet en véritable aventure, où chaque avancée génère une nouvelle découverte, ouvrent à chaque instant qui passe le champs des possibles. Et si les mésaventures prennent pour vous, à certains moments, une tonalité douloureuse, sachez que pour nous qui participons (mais de loin) à cette expédition, l'épreuve n'est pas trop pénible ! Au contraire, vous êtes nos éclaireurs qui débroussaillez le chemin incertain et nous découvrons ensuite confortablement installés dans nos intérieurs douillets. Et plus la route est longue et accidentée, plus le voyage est beau et le plaisir grand, car le temps se dilate. Ce projet devient le nôtre et si vous vous sentez frustré de ne pas en justifier tous les détails, pas d'inquiétude, nous imaginons la vie autour de l'aventure Ahimsâ, les moments de partage, de lutte, de doute, de découragement, de joie et d'exaltation... Alors, surtout ne lâchez rien, ne changez rien, prenez le temps qu'il vous faut pour nous surprendre et nous emmener avec vous sur le chemin de nos espérances pour la non-violence. Avec toute notre confiance et notre reconnaissance amicales ».

JEAN-LOUIS : « Je viens de recevoir le carnet de BorD N°5. Il est vrai que ma première réaction fut de me dire : ZUT ! Car j'avais très envie de me plonger dans ton livre, de découvrir l'histoire, de décortiquer tes dessins, de prendre du plaisir en fait ! Mais je comprends aussi que tu aies envie de fignoler ton projet, de prendre le temps nécessaire pour le modeler comme tu le souhaites. Je ne peux pas te cacher malgré tout qu'une petite peur est également montée en moi (…). Mais tout cela n'empêche pas que je soutiens totalement ton projet. Si tu crois qu'il vaut mieux attendre un peu plus, alors personnellement j'attendrai un peu plus. Après tout, mon plaisir de lecture ne sera que plus grand ! J'ai aussi envie que tu sois pleinement satisfait du livre que tu es en train de faire, que tu n'aies aucun regret, alors prend tout le temps que tu crois nécessaire à son élaboration. Pas trop non plus, pense que notre petite humanité aurait bien besoin d'un petit rappel de l'Ahimsâ ».

Note : Comme je vous l'ai signalé plus haut, j'ai donc stoppé l'hémorragie du scénario. Les seules « expansions » survenues depuis un an sont d'une part le thème des fakes news et du complotisme (déjà présent antérieurement mais réaménagé  en plus court) et d'autre part le développement de deux personnages secondaires qui se sont invités comme personnages principaux en prenant pas à pas une importances que je n'avais pas prémédité (cela ne se traduit pas nécessairement par un nombre supplémentaire de pages mais plutôt par une intensité de leur présence au récit). Par contre, sans prétention visionnaire, je n'ai rien eu à changer à propos de la colère des Gilets jaunes car les objets de leurs révoltes ( et même les ronds points!) étaient déjà présentes depuis trois ans dans le scénario.

MARYVONNE : « … Nous ne t'en voulons pas On préfère la qualité, le sérieux... absolument Nécessaires ! Vouloir tout tout de suite Imposer un délai Oublier convictions et création La beauté de la création de l'artiste Et en plus Nier la conscience et le travail d'autrui Ce serait contre mon idéologie  Eh oui ! »

BRIGITTE : « … Te dire que je soutiens à fond, à fond, le projet Ahimsâ l'instant neige, que je soutiens le temps qu'il faut lui donner car notre monde amène tous les jours des rebondissements et le projet de départ se gonfle et se gonfle. Comme tu dis « ne rien lâcher, ne rien lâcher ». Bravo pour ta créativité, ta fidélité à ce que tu es . Merci d'exister. Et toute mon amitié ».

GENEVIEVE : « Oui, oui, je renouvelle ma confiance pour l'incubation d'Ahimsâ l'instant neige. Je me doute que ce voyage n'est pas de tout repos... mais néanmoins fort riche et profond. Bien sûr, deux ans de plus à attendre, ça me semble long et cela réveille mon impatience mais je sais aussi que tout ce temps est bien précieux pour entrer dans les profondeurs. Et puis aussi l'actualité qui sollicite notre engagement ici et là pour protéger la vie dans tous les domaines... longs apprentis-sages pour vivre ensemble . Pas à pas et main dans les mains sur le chemin.»

Note : Dans son courrier, Bruno, m'adresse les reproches de vous avoir mis devant des faits accomplis et de ne pas vous avoir consulté pour décider d'augmenter la pagination et de passer d'un seul ouvrage annoncé à plusieurs, de jongler à mon gré avec les délais promis. Depuis le lancement du financement participatif j'ai essayé de faire de mon mieux pour rester accessible par des rencontres directes, par mail, par téléphone ou par courriers postaux auxquelles j'ai souvent répondu personnellement.

Une consultation s'est ainsi faite indirectement : une dame m'a demandé si la violence faite aux animaux serait évoqué dans l'histoire. Une autre, de même, concernant la violence faite aux enfants. Un contributeur du sud de la France m'a adressé une longue missive pour me demander de faire un livre plus court, de seulement trente pages, afin qu'il soit vite disponible et surtout pour que le livre ait un coût minime le rendant abordable au pouvoir d'achat les plus faibles.

Mon travail consiste-t-il à vouloir satisfaire tout le monde, à répondre à toutes les requêtes en intégrant dans mon histoire tous les sujets qui importent à chacun ? Bien que je sois attentif à toutes les remarques et suggestions, cela me semble tout simplement impossible... ou alors en mettant tout dans un ordinateur pour qu'il ponde la feuille de route du livre idéal, nécessairement consensuel, mais nivelé par le bas et à l'opposé de ce que je vous ai proposé.

J'assume les choix m'ayant amené à découper Ahimsâ en plusieurs parties et donc en plusieurs livres. Ce sera l'objet principal de mon prochain carnet de BorD. Je vous expliquerais alors plus longuement et en détail ma démarche et mon propos concernant les violences et la non-violence, ainsi que les approches qui m'ont progressivement amené à ne plus pouvoir me contenter d'être uniquement «  un raconteur d'histoires  » mais de devenir également un peu anthropologue, un peu sociologue, un peu philosophe, un peu scientifique, et même un peu archéologue (par contre, journaliste, je n'y parviens pas). Tant de compétences auxquelles je n'étais pas préparé et que j'ai dû développer sans assistants, sans formation, avec peu de moyens, mais avec la conviction que c'était indispensable pour mener à bien mon entreprise telle que je vous en avais partagé l'ambition.

A propos du temps qui passe…

… Une citation, un petit dessin et un petit livre que je vous invite à lire :

Et quiconque me demandera encore

s’il est une justice en ce monde,

qu’il se contente de cette réponse :

pour l’instant non,

tout du moins pas jusqu’à ce vendredi.

Alfred DÖBLIN

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Illustration... que je réactualise tous les ans !

 

 

Voici un court ouvrage qui fait découvrir quelques coulisses de la création d'un livre et qui contient de nombreuses pépites tout à fait saisissantes. Tout d'abord le style littéraire qui est d'une rare richesse grammaticale et syntaxique. Cette écriture élégante et ciselée qui dit toute une époque mais qui ne pourrait plus s'exprimer de nos jours sans paraître d'un temps révolu, certains diraient suranné.

Le thème ensuite qui ne pouvait que me toucher personnellement en tant qu'auteur, pour ce qu'il dit des « hauts et débats » qui animent l'esprit d'un passionné lorsqu'il mène la quête absolue et pleine de rebondissements d'aller jusqu'au bout d'une entreprise hors normes.

Me hasarder dans des  « Toute ressemblance avec des personnages ou des événements existants, etc... » , du genre « L'auteur avait estimé qu'il lui faudrait six années pour terminer son livre mais cela lui en prit finalement quatorze ! », serait périlleux et je ne m'y risquerai pas.

« COMMENT J'AI FAIT MON DICTIONNAIRE » est un livre petit format de 92 pages, au prix abordable de 6,50 euros, paru en 2010 dans « La petite collection des éditions de Sonneur »

… Et voilà pour aujourd'hui !

Ce CARNET DE BorD était un gros pavé, sans doute pour me faire pardonner ce long temps sans vous donner de nouvelles, un pavé à l'image de ce que vous découvrirez lorsque sortira AHIMSÂ, un pavé dans tous les sens du terme, même le plus imagé, comme je crois travailler à vous en préparer le surprise !

J'espère à l'avenir réussir à vous informer plus régulièrement et, en attendant, je vos adresse mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année et je vous dis à très bientôt.

Dominique

Nous voulons des coquelicots

Tous les premiers vendredis de chaque mois, depuis octobre 2018, partout en France, nous sommes de plus en plus nombreux à nous retrouver devant nos mairies pour dire « STOP AUX PESTICIDES, nous voulons des coquelicots ! »

Depuis trois ans, j'ai progressivement cessé toutes autres activités pour rester concentré sur AHIMSÂ... mais je fais encore exception une heure par mois, de 18h à 19h, pour créer quelques visuels et m'associer à ce mouvement citoyen. 

 

 

Actualité OGM

Deux de mes personnages AHIMSÂ, Brigitte et Marc, sont un couple d'activistes non-violents impliqués dans diverses luttes et particulièrement dans celle contre les OGM. Je vous partage ce dessin que j'ai réalisé il y a dix ans d'après la fameuse toile de DELACROIX et qui a servi l'histoire déjà longue des Faucheurs Volontaires d'OGM pour de multiples usages et sous divers supports (affiches, tracts, étiquettes de vin et de bière Bio, verres en plastique recyclables, banderoles ).

L'occasion m'en est donnée car en janvier dernier la justice a rendu un verdict historique : pour la première fois un tribunal n'a pas fait appel d'une décision de relaxe de Faucheurs inculpés pour avoir neutralisé des parcelles de soja transgénique ! Il s'agit d'une belle victoire qui encourage à l'engagement, comme l'a exprimé à sa manière Thierry d'Anjou à la sortie d'un procès : « Si à 50 ans tu n'as pas une relaxe, tu as raté ta vie ! »

Mes petites abeilles

… Elles existent désormais en posters et en tee-shirts, pour le moment réservées à la vente par les associations engagées dans la défense des abeilles et la lutte pour leur sauvegarde.

Styles graphiques

Je pratique de nombreux styles graphiques très différents les uns des autres, cherchant constamment à obtenir celui dont la forme illustrera au mieux le fond de mon propos. Pour AHIMSÂ, cela a pris un long temps à trouver et mes tentatives sont passées par de nombreuses étapes plus ou moins heureuses. Je « tiens » désormais ce style mais il restera secret jusqu'au bout afin que la surprise reste entière à sa parution.

Par contre cela ne m'empêche pas de vous montrer quelques essais que je n'ai finalement pas retenus. Ici, il s'agit de mes recherches en couleur informatique. J'ai du abandonner cette option car je ne maîtrise pas suffisamment ces nouvelles technologies, et qu'elles me prenaient plus de temps en tâtonnements qu'elles ne m'en faisaient gagner. AHIMSÂ sera donc finalement colorié « à l'ancienne », c'est à dire en couleurs directes à l'encre.

Discret malaise entre artistes

Ces dernières semaines, les Gilets Jaunes en appellent aux soutiens de nombreuses voix publiques et spécifiquement celles des artistes. Effectivement, et étrangement, la grande majorité des créateurs, écrivains, acteurs, musiciens, peintres, sont restés dans l'expectative et très silencieux, moi y compris, pendant toutes les premières semaines du mouvement, se demandant comme beaucoup ce qu'il se passait, qui était qui, et peut-être même comment le vent allait tourner ?

Beaucoup de personnalités des Arts ou de la Culture, qui par ailleurs s'affichent comme « engagés » dans leurs différentes prises de parole, étaient aux abonnés absents, poursuivant néanmoins, pour les plus médiatisés (ce qui est loin d'être le cas d'une grande majorité de ceux qui pratiquent une activité artistique), la tournée de promotion de leurs nouveautés afin de les « vendre » aux classes moyennes et populaires, qui sont les publics qui majoritairement leur permettent de vivre... et d'avoir le privilège d'accéder à cette même parole publique.

Mais enfin quelques voix s'éclaircissent et plus particulièrement celles de créateurs investis depuis longtemps dans l'éducation populaire. Je pense par exemple à Franck LEPAGE, co-inventeur du Pavé et des conférences gesticulées, qui « nous » invite à écouter la parole de ceux qui souvent pour le première fois la prennent. « ON » exige que les femmes et les hommes qui pendant des décennies n'ont eu « ni voix ni voies » au chapitre s'expriment « mieux », qu'ils sachent spontanément construire leurs discours, qu'ils s'organisent en quelques semaines en parti politique, c'est à dire qu'ils adoptent les « codes » de ceux qui en ont confisqué l'exclusivité depuis si longtemps !

Certains feignant même de se demander pudiquement « où sont les jeunes et les habitants des quartiers », sans lesquels tout d'un coup leurs paroles ne seraient pas représentatives ou complètes ! Comment s'étonner alors que les Gilets Jaunes refusent de soustraire du fond et de la forme des débats les codes qu'ils sont en train d'inventer (souvent avec une formidable imagination valant bien celle « des professionnels »), pour eux-mêmes et pour la majorité qui ne veut plus être silencieuse ? Franck nous invite à écouter et à entendre !

Je pense également à David AYALA, auteur, comédien et metteur en scène, qui interpelle avec virulence les « artistes people » à propos de la « violence culturelle » dont ils sont trop souvent les messagers de classe au gré de leurs errements et égocentrismes artistiques. La grande majorité des artistes n'oublie pas leurs origines mais certains sont parfois eux aussi victimes de la course à la reconnaissance et au succès pouvant les mener vers des lignes d'arrivées « hors sol » et indécentes.

La « violence culturelle » est l'une des douze formes de violence que je traite au travers des douze personnages principaux d'AHIMS : Sam et Jean-Philippe sont tous les deux très « créatifs », chacun à sa manière, mais leurs visions de « l'Art » et de la « Culture » sembleront, un temps, définitivement irréconciliables !...

Alternatives non-violentes

Depuis 7 numéros, je réalise quatre à cinq dessins dans chaque nouvelle parution du trimestriel ALTERNATIVES NON-VIOLENTE. Cette revue était partenaire du financement participatif d'AHIMSÂ et, pour moi, collaborer à ce travail prolonge la connaissance et l'actualisation de la réflexion qui charpente mon roman graphique. Voici quelques uns d'entre eux présentés hors contexte et dont je vous invite à découvrir les textes qu'ils illustrent en vous abonnant à ce journal nécessaire.

Glyphosate suite

Il y a des actions citoyennes qui sont plutôt beaucoup moins « violentes » que d'autres... surtout lorsqu'elles concernent chacun d'entre nous, qu'elles consistent à faire ce que nous faisons tous tous les jours, qu'elles sont une bonne occasion de rencontrer des personne sympas, d'échanger nos motivations respectives et, pour le coup, qui peuvent faire l'objet de franches bonnes rigolades ! Pisser est, « à priori », à la portée de tout le monde et c'est justement ce que proposent « LES PISSEURS INVOLONTAIRES DE GLYPHOSATE ».

En quelques semaines, de nombreux collectifs se sont formés dans le pays et déjà plusieurs milliers de personnes se sont organisés pour faire un prélèvement de leur urine en présence d'un huissier certifié qui ensuite envoie les échantillons à un laboratoire allemand indépendant. Le constat est sans appel : 100% des Pisseurs a dans son pipi un taux de glyphosate de 10 à 30 fois supérieur aux normes établies !

Il y a un peu plus d'un an, à l'occasion du procès de sept d'entre-nous pour mise « hors de service » de bidons de Round-up dans plusieurs magasins bretons, j'avais proposé que nous inscrivions chacun notre taux de glyphosate sur nos tee-shirts : cela n'a pas manqué de fortement impressionner Madame la juge !

 

Depuis, le collectif ariégeois a réalisé à partir de cette idée une formidable vidéo pour lancer le campagne nationale des Pisseurs. Vous pouvez la découvrir en cliquant sur le lien ci-après et ainsi découvrir la procédure à suivre si vous avec vous aussi un grosssse envie  www.campagneglyphosate.com

Le 20 novembre dernier, plusieurs dizaines de « Pisseurs » ont simultanément porté plainte contre l'Etat pour empoisonnement auprès des tribunaux de leur département. A suivre !...

Archives



Vous pouvez retrouver toutes les archives des news du projet Ahimsa sur la page du site Ulule (où nous avions lancé la souscription du projet) !

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